Tous les articles par Annie Lautner

ECRIRE

Laisser la plume ou le crayon frotter le silence du papier pour en extraire la lettre embourbée, le souvenir engourdi, le rêve encore enveloppé et retrousser les manches de la mémoire pour ne rien oublier.

S’installer à la table paisible et aligner les mots qui roulent en enjambées poétiques.
Ecouter la feuille qui soulève son rire à l’accueil de l’espoir semé, de la beauté évoquée, de la caresse glissée.

S’emparer d’une image, dessiner un visage, imaginer un corps, décrire une main touchant le ciel avec la même intensité que le peintre qui s’obstine à donner vie à sa toile.

Engendrer, composer, porter, exalter puis déposer l’inespéré mêlé à la transparence de l’aube.

Chercher, fouiller, creuser dans la solitude, toujours en quête d’un miracle sans cesse renouvelé. Apprendre patiemment la terre qui se tait, le ciel qui se mure et le souvenir en miettes.

Regarder le pli de l’encre lancer son filet sur la nudité des mots.

Guetter le sursaut du verbe et le suivre dans son invitation à dire.

Observer le tremblement des signes qui hésitent à frôler les blessures.

Magie de Instant qui imprime sa parole sur la pierre nacrée de l’éternité !

Je tends la main et cueille la légende du voyageur ailé, le mirage du désert dépouillé, l’énigme de la pierre dressée.

Je tisse, brode, coupe ou déchire la trame de la phrase inondée de souvenirs.

Et vient le moment où les vers sortent de mes doigts, fendant le bleu du ciel pour venir s’échouer sur la page reconnaissante.

Flot continue qui ne cessera qu’à la ponctuation finale.

Je relis à voix haute ce chant venu d’un rivage lointain et me remplis de cette promesse tracée.

Une fois de plus, l’éternité m’a livré un peu de son secret…

Annie Lautner ©

Illustration : peinture à l’huile – Annie Lautner – Sur le doux de tes lèvres ©

CROIRE EN SOI

Nous aspirons tous à vivre la vie à laquelle nous rêvions enfant, avec, souvent, le sentiment que chaque pas posé, nous en éloigne un peu plus. Jusqu’au découragement. Jusqu’à penser que nous n’y arriverons jamais. Que nos rêves étaient trop grands. Que nous n’en effleurerons même pas une infime partie.

Nous avons tous vécu ces moments de doutes qui nous tenaillent si fort qu’on en perd souffle et équilibre.

Tous traversé ces zones de noirceurs indicibles qui nous laissaient sans défense, épuisés et surtout avec ce goût d’impuissance dans la bouche.

Sommes tous lassés d’être conduits d’échecs en échecs, de rejets en rejets, de projections en fausses images, sans comprendre pourquoi ni comment cela arrivait.

Il ne s’agit pas de juger. Simplement d’accueillir. De s’accueillir. Avec toutes nos faiblesses, dont nous ne savons pas encore qu’elles sont nos forces, avec nos confusions, nos frustrations et sans doute notre colère de n’être pas pleinement celui ou celle que nous voudrions être.

Toutes ces énergies bouillonnantes en nous et qui ne sont rien d’autre que la Vie qui pulse et se goûte à travers nous.

Alors, peu à peu, on relève la tête et on se permet de naître à nouveau. On tourne son regard vers cet espace en nous où tout est pur. On se laisse toucher par cette rencontre inattendue, inespérée, ce face à face éblouissant, ce moment de grâce absolue qui balaiera jusqu’à la moindre particule de cendre.

On s’autorise à s’arrêter pour savourer ce qui s’offre là. Juste dans ce doux mouvement de vie où nous n’avons plus d’ennemi.

Nous entrons dans le cercle “émerveillant” de ce qui est si beau et que nous ne pouvions voir tant nos yeux étaient recouverts des voiles successifs de l’illusion.

Tout était déjà là, à fleur de cœur, et un déclic nous a permis d’accéder à cette conscience.

Désormais, tout peut arriver. Nous faisons partie du tout et ne nous laisserons plus malmenés.

Nous nous sommes souvenus de Qui nous sommes vraiment et notre force est inébranlable.

Paix et joie peuvent respirer en une étreinte parfaite en nous !

 

Annie Lautner ©

Illustration : Huile sur toile – Annie Lautner ©

Etr’Ange

Etrange titre que ce clin Dieu des mots qui met en évidence cette reliance de l’Etre à sa divinité.

Je regarde le ciel et j’interroge : a-t-il une réponse à ce legs du Temps qui remplit nos livres et habite nos mémoires ?

Sait-il d’où vient l’idée que ces grands êtres ailés étendent sur nos têtes leur part de lumière pour dissoudre nos ombres ?

S’entend-il à décrypter ce langage divin, mélange de murmures et de battements de plumes ?

Est-il complice dans cette tentative à nous rendre meilleurs ?

S’il est vrai qu’ils existent, assis sur les marches du ciel, ils ont plus d’un motif à trouver amer le goût de notre terre.

Se poser un instant pour tenter d’apprendre les paysages ruisselants de couleurs, la forêt qui se dresse, le sable remué par les vents, la vague mourant dans le cri du matin.

Apprendre le ciel obstiné par la tâche et l’arbre qui saigne. Le sillon maudit par le froid et la fontaine qui sanglote sur la douleur éclatée. L’hémorragie qui s’étend et la braise égarée.

Où sont les anges dans cet horizon suspendu à la fragilité de l’instant ?

Ils sont dans la main qui témoigne et le regard clément ; dans le sourire qui s’offre et la caresse apaisante. Ils sont dans le chant du feuillage et le rire de l’eau ; dans le volcan éteint et le torrent d’argent. Ils sont ici et là et partout à la fois : dans l’espoir contagieux, dans l’insouciance ordinaire, dans les mots que l’on trempe et dans ceux que l’on tait.

Présents pour celui qui implore comme pour celui qui crie. Ils accrochent le soleil à l’ombre de l’indifférence et posent l’arc-en-ciel sur la fureur livide. Ils déplacent la lune pour bâillonner la nuit et jettent un peu d’azur sur les cendres du jour. Ils expulsent le brouillard et caressent d’une aile complice le doux front du printemps. Ils ne s’éreintent pas à donner inlassablement et croient encore au possible de l’homme. Ils aiment sans attente et font couler sur nous leurs humeurs généreuses.

Ils prennent nos fardeaux, quand trop lourds à porter, nous croulons sous leurs poids. Ils brûlent les épaves de nos illusions tristes au premier lever de soleil.

Ils aspergent de clarté nécessaire la cécité de nos pensées.

Ils lancent des cordes salvatrices sur les sursauts de nos agonies.

Infatigables, ils répètent les gestes qui réparent.

Ils raturent, gomment, corrigent nos erreurs multipliées.

Bercent de leurs chants improvisés nos rêves encore tremblants.

Aucun jugement, aucune faute.

Leur patience nous montre avec Amour nos possibilités encore enfouies.

Alors, quand on n’en peut plus de trop de défaites accumulées et qu’on accepte d’ouvrir un peu la porte pour écouter leur timbre subtil, c’est une grâce rare qui déploie sur nous son infinie tendresse…

Etr’Ange : et si c’était nous ?

Annie Lautner © in Ecouter le Silence (disponible sur le site www.poesie-initiatique.fr)

Illustration : Annie Lautner – Huile sur toile – Etr-Ange ©